Le fichier Edwige (acronyme d'Exploitation documentaire et valorisation de l'information générale policier), dont le décret de création est paru le 1er juillet au Journal Officiel, contiendra des informations concernant les « individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public ». Ces données pourront aussi être collectées sur les personnes « ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique », ou jouant un « rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif ».
LES associations mettent en avant les « risques de comportements discriminatoires » qu'entraînerait la constitution de ce fichier qui, selon elles, risque de « rompre avec la pratique établie par le décret du 14 janvier 1991 qui ne prévoyait aucune collecte d'informations relatives à l'orientation sexuelle ou à l'état de santé ».
« Les mineurs ne seront pas épargnés puisque, fait sans précédent dans notre République et particulièrement choquant, leur fichage sera autorisé dès l'âge de 13 ans et cela sans qu'aucune infraction n'ait été commise et sur la seule base de leur dangerosité présumée », ajoute la pétition ?
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Protestations
Il n'y a pas que les associations qui réagissent à la création du fichier Edwige qui permet depuis le 1er juillet de « collecter toute une série d'informations notamment sur certaines personnes publiques (politiques, syndicales, religieuses) ou encore sur certains individus (ou groupes) susceptibles de porter atteinte à l'ordre public ». Sur Internet, le débat fait rage. Extraits.
« Je ne savais pas que le fait d'être gay ou lesbienne pouvait être considéré comme susceptible de porter atteinte à l'ordre public ».
« C'est quoi être susceptible de porter atteinte à l'ordre public ? C'est-à-dire des gens qui n'ont rien fait ! C'est la porte ouverte à toutes les dérives ».
« "Il est encore fécond, le ventre de la bête, d'où le monstre a surgi". Bertold Brecht, qui n'a jamais été autant d'actualité qu'en ce moment, on avait pas vu ça depuis longtemps, on se croyait définitivement débarrassé, mais non, un petit bonhomme et ses comparses sont venus ensemencer le ventre ».
« Désolée, mais je ne peux me résoudre à cette situation ! Nos dirigeants ne sont-ils pas élus par le peuple ? Ce même peuple est entré dans les délires sécuritaires depuis déjà quelques élections ! Sommes-nous des robots pour ne pas voir plus loin que le bout de la propagande de nos hommes politiques qui n'ont qu'une idée, c'est le pouvoir ? Grandissons, soyons critiques, ne nous laissons pas intoxiquer par les discours paranoïaques des uns et des autres, médias compris ! Exigeons pour les humains que nous sommes, et surtout pour nos enfants, les droits fondamentaux : un système scolaire performant, la sécurité sociale, le travail avec un salaire décent ! Parfois, j'ai l'impression de me retrouver dans les moments les plus noirs de notre histoire : la peur de l'autre, le fichage, la stigmatisation de groupes, les religions qui reviennent en force... cela ne vous rappelle-t-il rien ? ».
« Celui qui est prêt à sacrifier un peu de liberté pour obtenir un peu de sécurité ne mérite ni l'une, ni l'autre ».
Benjamin Franklin.